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Année du chien de terre

le pantoum

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le pantoum

Message par Myrrha le Jeu 3 Mar 2011 - 20:50

Le pantoun
consiste en une suite de quatrains écrits soit en octosyllabes soit en décasyllabes où s'appliquent deux systèmes de reprises :



  • le deuxième et le quatrième vers de chaque strophe
    sont repris respectivement comme premier et troisième vers de la strophe
    suivante,

  • le dernier vers du poème reprend le premier.

(À première vue, ça ressemble un peu
à la villanelle forme nouvelle mais les reprises sont différentes et le nombre
de pieds aussi !)


En fait, d'après Théodore de Banville, les règles du pantoum
reviennent à
préconiser "la similitude dans la dissemblance": "en apparence,
les deux sens qui se poursuivent parallèlement dans le Pantoum, doivent
être absolument différents l'un de l'autre; mais cependant ils
se mêlent, se répondent, se complètent et se pénètrent




L'alternance des rimes masculines et féminines impose un nombre de quatrains pair. Le nombre
de quatrains est illimité, mais, à l’origine, il devait impérativement être égal ou supérieur à six.


La forme en était alors

A1B1A2B2 - B1C1B2C2 - C1D1C2D2 - D1E1D2E2 - E1F1E2F2 - F1G1F2A1
Un bon exemple est celui de Leconte de Lisle que voici:

Ô mornes yeux ! Lèvre pâlie !
J’ai dans l’âme un chagrin amer.
Le vent bombe la voile emplie,
L’écume argente au loin la mer.

J’ai dans l’âme un chagrin amer
Voici sa belle tête morte
!L’écume argente au loin la mer,
Le praho rapide m’emporte.
Voici sa belle tête morte !

Je l’ai coupée avec mon kriss
Le praho rapide m’emporte
En bondissant comme l’axis
Je l’ai coupée avec mon kriss ;
Elle saigne au mât qui la berce.
En bondissant comme l’axis
Le praho plonge ou se renverse.

Elle saigne au mât qui la berce;
Son dernier râle me poursuit.
Le praho plonge ou se renverse,
La mer blême asperge la nuit.


Son dernier râle me poursuit.
Est-ce bien toi que j’ai tuée ?
La mer blême asperge la nuit,
L’éclair fend la noire nuée.

Est-ce bien toi que j’ai tuée ?
C’était le destin, je t’aimais !
L’éclair fend la noire nuée,

L’abîme s’ouvre pour jamais.

C’était le destin, je t’aimais !
Que je meure afin que j’oublie !
L’abîme s’ouvre pour jamais.

Ô mornes yeux ! Lèvre pâlie !



Baudelaire qui l’a remis au goût du jour, nous propose un « faux »
pantoum… " Harmonie du soir" qui est pourtant devenu le modèle du genre.


Et la forme est devenue A1B1A2B2 - B1A3A2B3 - A3B4B3A5 - B4A5A4B5


Voici venir les temps où vibrant sur sa tige
Chaque fleur s'évapore ainsi qu'un encensoir ;
Les sons et les parfums tournent dans l'air du soir ;
Valse mélancolique et langoureux vertige !


Chaque fleur s'évapore ainsi qu'un encensoir ;
Le violon frémit comme un cœur qu'on afflige ;
Valse mélancolique et langoureux vertige !
Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir.

Le violon frémit comme un cœur qu'on afflige,
Un cœur tendre, qui hait le néant vaste et noir !
Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir ;
Le soleil s'est noyé dans son sang qui se fige.

Un cœur tendre, qui hait le néant vaste et noir,
Du passé lumineux recueille tout vestige !
Le soleil s'est noyé dans son sang qui se fige
Ton souvenir en moi luit comme un ostensoir !

(Où l’on remarque qu’il n’y a plus que deux rimes)

La particularité vraiment originale du pantoum réside dans le sens : il développe dans chaque strophe, tout au long du poème, deux idées
différentes :


La première idée, contenue dans les deux premiers vers de chaque strophe, est généralement extérieure et pittoresque.
[*]La deuxième idée, contenue dans les deux derniers vers de chaque strophe, est généralement intime et morale.

La grande difficulté du pantoum réside dans cette rupture. Chaque vers devant se coordonner à la fois avec celui qui le précède dans un quatrain et avec celui qui le suit dans le quatrain suivant.

De plus les deux distiques constituant un quatrain sont indépendants l'un de l'autre, le second vers devant impérativement se terminer sur une ponctuation forte : point, point d'exclamation, point d'interrogation. Cette ponctuation est rendue impérative par la présence des deux thèmes qui n'enjambent jamais l'un sur l'autre.


Je ne peux terminer ce sujet sans parler du pantoum de Verlaine, qui lui défie toutes les règles, tout en respectant l'idée de la répétition alternée!

je vous laisse apprécier la forme!
Pantoum négligé


Trois petits pâtés, ma chemise brûle.
Monsieur le Curé n'aime pas les os.
Ma cousine est blonde, elle a nom Ursule,
Que n'émigrons-nous vers les Palaiseaux !

Ma cousine est blonde, elle a nom Ursule,
On dirait d'un cher glaïeul sur les eaux.
Vivent le muguet et la campanule !
Dodo, l'enfant do, chantez, doux fuseaux.

Que n'émigrons-nous vers les Palaiseaux !
Trois petits pâtés, un point et virgule;
On dirait d'un cher glaïeul sur les eaux.
Vivent le muguet et la campanule !

Trois petits pâtés, un point et virgule ;
Dodo, l'enfant do, chantez, doux fuseaux.
La libellule erre emmi les roseaux.
Monsieur le Curé, ma chemise brûle !


Je conclurai ce sujet en disant que même si les règles sont fixées, les poètes prennent souvent des distances avec les impératifs du genre...
Et quand le résultat est aussi sublime que celui là, qui pourrait s'en plaindre?


Dernière édition par Myrrha le Mer 9 Nov 2011 - 13:17, édité 2 fois

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Re: le pantoum

Message par Thunderbird le Ven 4 Mar 2011 - 10:41

Et, pas très loin d'ici :

http://www.lesmotsenfolie.net/t2232-pantoum-en-folie

où ça n'est pas mal non plus.
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Re: le pantoum

Message par Myrrha le Ven 4 Mar 2011 - 11:30

Qui va maintenant nous offrir son pantoum personnel?
C'est un exercice amusant! Croyez-moi!

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Pantoum chargé d'hommages

Message par Thunderbird le Dim 29 Déc 2013 - 11:06

Tu me connais mal, une ardeur me brûle ;
Tout juste s’il ne me scie pas les os :
Le désir s’accroît, l’effet se recule,
Je vole très haut, loin de Palaiseau.

Le désir s’accroît, l’effet se recule,
La chouette en émoi danse sur les eaux.
Entre deux pavés, fleur de campanule,
La Russie s’étend sur douze fuseaux.

Je vole très haut, loin de Palaiseau ;
Tu me connais mal, une ardeur me brûle,
La chouette en émoi danse sur les eaux.
Entre deux pavés, fleur de campanule.

Tu me connais mal, une ardeur me brûle,
La Russie s’étend sur douze fuseaux ;
Un ondin nocturne est dans les roseaux,
Son coeur palpitant comme libellule.
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Re: le pantoum

Message par Myrrha le Lun 30 Déc 2013 - 0:31

Tu aurais dû le mettre dans la rubrique"les mots pour le dire"...
 là il n'est pas mis en valeur! 

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Re: le pantoum

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