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Année du chien de terre

La terza rima

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La terza rima

Message par Myrrha le Dim 13 Mar 2011 - 10:15

Forme de poème pratiquée en Italie au Moyen Âge et à la Renaissance la terza rima fut considérée comme la forme la plus vibrante de la poésie. Importé en France au XVIe s., il Importé en France au XVIe s.,
ce type de poème, de longueur indéterminée, est généralement écrit en
alexandrins
et se définit par la distribution des rimes.

La forme du poème est simple : Il est composé de tercets dont les rimes sont ordonnées par groupe de trois vers,

  • La rime du premier vers et la rime du dernier ne sont utilisées que deux fois. La rime de tous les autres,trois fois.
  • Le nombre de tercets n’est pas limité.
Le dernier vers est toujours isolé et rime avec le vers du milieu du dernier tercet.

Sa structure est fondée sur le tercet:


ABA-BCB-CDC-DED-EFE-FGF-GHG-HIH-I
Et bien sûr, on remarque que les rimes masculines et féminines alternent dans chaque tercet.


Il est intéressant de signaler que Dante a utilisé cette structure métrique pour écrire la Divine Comédie.

Exemple, de Théophile Gautier

Quand Michel-Ange eut peint la chapelle Sixtine,
Et que de l’échafaud, sublime et radieux,
Il fut redescendu dans la cité latine,

Il ne pouvait baisser ni les bras ni les yeux ;
Ses pieds ne savaient pas comment marcher sur terre ;
Il avait oublié le monde dans les cieux.

Trois grands mois il garda cette attitude austère ;
On l’eût pris pour un ange en extase devant
Le saint triangle d’or, au moment du mystère.

Frère, voilà pourquoi les poètes, souvent,
Buttent à chaque pas sur les chemins du monde ;
Les yeux fichés au ciel, ils s’en vont en rêvant.

Les anges secouant leur chevelure blonde,
Penchent leur front sur eux et leur tendent les bras,
Et les veulent baiser avec leur bouche ronde.

Eux marchent au hasard et font mille faux pas ;
Ils cognent les passants, se jettent sous les roues,
Ou tombent dans des puits qu’ils n’apercoivent pas.

Que leur font les passants, les pierres et les boues ?
Ils cherchent dans le jour le rêve de leurs nuits,
Et le jeu du désir leur empourpre les joues.

Ils ne comprennent rien aux terrestres ennuis,
Et, quand ils ont fini leur chapelle Sixtine,
Ils sortent rayonnants de leurs obscurs réduits.

Un auguste reflet de leur œuvre divine
S’attache à leur personne et leur dore le front,
Et le ciel qu'ils ont vu dans leurs yeux se devine.

Les nuits suivront les jours et se succéderont,
Avant que leur regard et leur front ne s’abaissent,
Et leurs pieds, de longtemps, ne se raffermiront.

Tous nos palais sous eux s’éteignent et s’affaissent ;
Leur âme à la coupole où leur œuvre reluit,
Revole, et ce ne sont que leurs corps qu’ils nous laissent.

Notre jour leur paraît plus sombre que la nuit ;

Leur œil cherche toujours le ciel bleu de la fresque,
Et le tableau quitté les tourmente et les suit.

Comme Buonarotti, le peintre gigantesque,
Ils ne peuvent plus voir que les choses d’en haut,
Et que le ciel de marbre où leur front touche presque.

Sublime aveuglement ! magnifique défaut !


autre exemple,
…
LE DERNIER SOUVENIR
(Leconte de Lisle , Poèmes barbares)



J'ai vécu, je suis mort. Les yeux ouverts je coule
Dans l'incommensurable abîme, sans rien voir,
Lent comme une agonie et lourd comme une foule

Inerte, blême, au fond d'un lugubre entonnoir
Je descends d'heure en heure et d'année en année,
A travers le Muet, l'Immobile, le Noir.

Je songe et ne sens plus. L'épreuve est terminée.
Qu'est-ce donc que la vie. Etais-je jeune ou vieux ?
Soleil ! Amour ! - Rien, rien. Va, chair abandonnée

Tournoie, enfonce, va ! Le vide est dans tes yeux,
Et l'oubli s'épaissit et t'absorbe à mesure.
Si je rêvais ? Non, non, je suis bien mort, tant mieux

Mais ce spectre, ce cri, cette horrible blessure ?
Cela dut m'arriver dans des temps très anciens.
O Nuit, Nuit du néant, prends-moi ! La chose est sûre :

Quelqu'un m'a dévoré le cœur, je m'en souviens

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Re: La terza rima

Message par Thunderbird le Dim 13 Mar 2011 - 10:57

Du même Leconte de Lisle,
"Le jugement de Komor" (extraits)

* * *

La lune sous la nue errait en mornes flammes,
Et la tour de Komor, du Jarle de Kemper,
Droite et ferme, montait dans l'écume des lames.

Sous le fouet redoublé des rafales d'hiver
La tour du vieux Komor dressait sa masse haute,
Telle qu'un cormoran qui regarde la mer.

Un grondement immense enveloppait la côte.
Sur les flots palpitaient, blêmes, de toutes parts,
Les âmes des noyés qui moururent en faute.

(...)

Tiphaine tomba froide, ayant rendu son âme.
Cela fait, le vieux Jarle, entre ses bras sanglants,
Prit le corps et la tête aux yeux hagards, sans flamme.

Il monta sur la tour, et, dans les flots hurlants,
Précipita d'en haut la dépouille livide
De celle qui voulut trahir ses cheveux blancs.

(...)

Debout sur les créneaux balayés par l'orage,
Les bras tendus au ciel, il sauta dans la mer
Qui ne rejeta point ses os sur le rivage.

Tels finirent Tiphaine et Komor de Kemper.


* * *

et un hommage de Cochonfucius.
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Re: La terza rima

Message par Myrrha le Dim 13 Mar 2011 - 13:00

"et un hommage de Cochonfucius."

Ou comment prendre conscience qu'une terza rima peut être extrêmement longue!... et se terminer avec humour!

(Bravo pour la performance... je n'aurais jamais le courage d'écrire un texte aussi long!)

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Re: La terza rima

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